Communistes libertaires de la CGT

Le « syndicalisme rassemblé » divise... la CGT !

dimanche 26 février 2017

Nous publions ici une réflexion sur le « syndicalisme rassemblé » qui a été publié comme une contribution au débat sur l’unité syndicale dans la revue « Les Utopiques », revue éditée par Solidaires.

Quand le « syndicalisme rassemblé » divise la CGT

Il aura fallu attendre que la CFDT se purge progressivement de ses secteurs « gauches » pour que la CGT, dans le contexte de l’effondrement matériel et idéologique du bloc de l’Est, se tourne vers elle en adoptant, en 1995, le concept de « syndicalisme rassemblé ».

Trois ans après la création de la FSU et en phase ascendante des syndicats SUD, certains courants militants1 crurent alors y lire un possible rapprochement organique des « syndicats de transformation sociale ». Ils prirent donc la formule en positif et contribuèrent ainsi à semer des illusions. Car, en premier lieu, il aurait fallu comprendre que, au-delà des phrases de congrès et de statuts, la CGT (nous ne donnerons pas ici notre avis sur les autres organisations) avait rompu depuis (très) longtemps avec un syndicalisme révolutionnaire. Mais, alors, ces mêmes camarades auraient été contraints d’en tirer la conclusion qu’il fallait se battre politiquement et publiquement contre les orientations confédérales, ce à quoi ils se refusaient (1) absolument, préférant imaginer que l’accession de Bernard Thibault à la direction de la CGT, juste après la grande grève de l’hiver 1995, marquait un tournant à gauche.

En vérité, la direction de la CGT n’opérait en rien un tel tournant. Bien au contraire : quittant la Fédération syndicale mondiale (FSM) pour adhérer à la Confédération européenne des syndicats (CES), elle se fabriquait une virginité « réformiste » pour être adoubée par la CFDT, qui, comme FO, s’opposait alors à l’adhésion de la CGT à cette confédération européenne des syndicats qui, en partenariat avec la Commission européennes et le Parlement européen, construisent l’Europe ultralibérale.

Le délitement organique et politique du PCF va, bien évidemment, jouer un rôle considérable dans l’évolution de la CGT jusqu’à la participation de ministres communistes au gouvernement Jospin. Mais, à la base comme dans les différentes strates des directions fédérales ou départementales, des militants CGT vont continuer à s’opposer à ce qu’ils identifient à une dérive réformiste récente de leur CGT. D’autant que le « syndicalisme rassemblé » n’existe nul part : soit la tactique freine les mobilisations nationales ou appauvrissent les contenus revendicatifs ; soit les luttes bien réelles (2003, 2010, 2016) se mènent contre la CFDT, laquelle accompagne toutes les contre-réformes. Ces militants, rattachés à des courants qualifiés parfois un peu rapidement de « néostaliniens », sont en tout cas nostalgiques de la CGT des années 1970, quand celle-ci prétendait tout à la fois tenir le terrain des luttes sociales et la perspective politique de l’abolition du capitalisme (2). Le problème posé par certains de ces courants militants, c’est qu’ils sont parfois sectaires et qu’ils refusent le « syndicalisme rassemblé » parce qu’ils refusent toute idée d’unité syndicale. Orphelins d’une période où le couple PCF-CGT quadrillait les forteresses ouvrières, ils peinent à imaginer autre chose qu’un retour au glorieux passé.

Le 51e congrès de la CGT (18-22 avril 2016) fut l’occasion d’affrontements et de positionnements nouveaux. Dès son discours d’ouverture du congrès, Philippe Martinez (qui avait une légitimité à se construire) se livrait à une autocritique inattendue du bilan du « syndicalisme rassemblé », reconnaissant que la CGT avait eu trop souvent tendance à « attendre » la CFDT ou à adapter ses revendications aux exigences de ses dirigeants. Il allait jusqu’à souligner « l’erreur que nous avons faite ces dernières années en favorisant peut-être nos relations avec la CFDT au moment de l’accord puis de la loi sur la représentativité ». C’était toutefois oublier que, pour autant, des divergences profondes pouvaient aussi exister avec FO sur certaines revendications, minant presque d’avance des batailles essentielles, quasi délaissées pour ne pas contrarier l’esprit du « syndicalisme rassemblé » (défense de l’Agirc-Arrco en 2013, accord sur une nouvelle convention d’assurance chômage en 2014). Malgré l’autocritique, Philippe Martinez n’en défendit pas moins le maintien de la formule dans les textes d’orientations du congrès, en priant de la lire tout autrement : comme une invitation toujours plus large à l’unité, mais sur des bases combatives pour mener les luttes avec les organisations qui répondraient présent. Cette inflexion notable ouvrait la porte à un tsunami anti-CFDT et pro-grève générale d’où il était toujours aussi difficile de tracer une ligne claire mêlant unité et combativité. Le sectarisme, réel ou redouté, amenant certains syndicats à afficher un soutien critique à la nouvelle lecture promise du concept de rassemblement… Le fait notable, néanmoins, est qu’une nette majorité s’exprimait contre la vision faisant de la CFDT l’allié privilégié.

Le conflit social prolongé de 2016 apporte un éclairage sur le sujet de l’unité. Après la déclaration intersyndicale lamentable du 23 février 2016 (dont la CFDT, la CGT et Solidaires furent signataires) et sous la pression de la mobilisation annoncée pour le 9 mars 2016, le pacte « rassemblé » explosait. Une configuration étonnante prenait forme autour d’un pôle CGT-FO-Solidaires (la FSU étant partie prenante, mais pratiquement invisible dans bien des régions). Dans cette période, la CGT a pratiqué une unité tournant le dos à la CFDT, mais sans dégager des pratiques réellement nouvelles en termes d’élaboration collective. Le mouvement social n’était d’ailleurs même pas achevé que les vieilles pratiques hégémoniques ressurgissaient pour attaquer devant la justice bourgeoise les listes déposées par le Syndicat des travailleurs corses (STC) et le syndicat basque LAB, au motif qu’ils porteraient des valeurs incompatibles avec la République française.

Reste que, en quinze ans d’existence, le « syndicalisme rassemblé » semble surtout n’avoir été qu’une réalité « confédérale », une unité au sommet qui s’est plutôt peu exprimée dans les entreprises et les territoires. Et c’est, de fait, dans la diversité des pratiques locales ou professionnelles que peuvent être aujourd’hui décelés des signes d’espoirs. Au cours du combat contre la loi Travail, la CGT, dans certains endroits, a été jusqu’à intégrer la CNT et la CNT-SO dans la défense de militants inculpés et dans les intersyndicales (choix qui se retrouve aussi dans des entreprises, où des listes unitaires CGT-CNT-Solidaires ont pu se monter pour les élections professionnelles). Des militants et quelques structures CGT (syndicats, unions locales) ont même également participé, en toute transparence, à l’élaboration et à l’animation de l’appel « On bloque tout ! », autour duquel s’est constituée une petite intersyndicale de terrain ayant notamment à cœur de porter l’idée de grève reconductible dans le mouvement contre la loi Travail. Il est ainsi établi que le retour aux valeurs fondatrices de la CGT sur des bases syndicalistes révolutionnaires va de pair avec une vision claire de l’unité dans les luttes avec toutes les organisations syndicales qui partagent l’anticapitalisme comme perspective concrète. La CGT n’a jamais été le monolithe qu’elle prétendait être. Plus que jamais, elle est soumise à des tensions fortes entre courants « réformiste » et courants lutte de classe. L’issue des ces confrontations internes est très clairement un enjeu pour tout le mouvement syndical.
(1) Dans la LCR, chez les Refondateurs du PCF et autour d’ex-PCF, dans les décombres du PSU...
(2) La CGT est officiellement signataire du Programme commun de gouvernement.

Guillaume Goutte, militant du syndicat des Correcteurs-CGT et Jean-Yves Lesage, militant du Syndicat Général du Livre et de la Communication Ecrite-CGT

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